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Synopsis

Lamia a 16 ans.
Elle vit dans un village au sud du Liban, frontalier avec Israël.
Des barbelés séparent le village en deux, cet espace est devenu le terrain de jeux des enfants.
C’est là que Lamia fait voler son cerf-volant, tout en observant la partie du village où il lui est interdit d’aller.
Lamia est donnée en mariage à un cousin qu’elle n’a jamais vu et qui vit de l’autre côté des barbelés.
Les habitants des deux côtés du village ne peuvent communiquer qu’à l’aide de mégaphones, sous un strict contrôle militaire. Ils ne se rencontrent jamais et ne se voient qu’à la jumelle.
Lamia va traverser plusieurs fois les deux frontières malgré les interdits. Ses passages sont observés par un jeune soldat israélien. Ils tombent amoureux l’un de l’autre.

Pourquoi cette histoire ?

Cette histoire aurait pu se passer sur la frontière turco-grecque où 180 km de barbelés sont appelés la ligne " Attila ", en Corée ou ailleurs… Cette histoire est possible là où les frontières transforment l’Autre en étranger, en ennemi.
J’ai voulu parler de la violence des destins, de la perte des identités, de l’absurdité des frontières et de l’annexion arbitraire des villages.
J’ai voulu parler de la guerre sans haine.
Il fallait concilier l’ombre et la mobilité, rejeter la foi, plonger dans le doute et donner à cela une forme visuelle…
Il fallait une histoire d’amour sur une frontière, sans un coup de feu, ne jamais nommer la paix.
Le cerf-volant est avant tout une histoire d’amour, de désir et de désastre.

Repères

Le Golan est une région de la Syrie qui est occupée par Israël depuis la guerre de juin 1967.
Le Golan s'étend sur 1860 km2, presque 1 % de la superficie de la Syrie.
En 1967, on estimait la population à 150 000 personnes.
En 1981 et contre, toute attente le Golan fut annexé et les habitants syriens des villages annexés considérés comme israéliens.
En 1998, les statistiques dénombraient 16 000 personnes.

Les Druzes

Dans le premier quart du onzième siècle se manifeste au Caire une tendance religieuse pendant le règne Fatimide (membres d’une dynastie arabe, 906-1171, qui se déclarent comme appartenant à la descendance du prophète par sa fille Fatima). Ces disciples, appelés les uniates, prennent leurs racines dans le chiisme ismaélite et seront plus tard surnommés par erreur druzes.
Malgré l’appartenance de cette communauté à la religion musulmane et sa contribution à la lutte nationale, Israël a toujours tenté de séparer ses ressortissants druzes du reste de la communauté arabe. En Israël, les druzes sont obligés d’accomplir leur service
militaire.
Ils sont 100 000 en Israël, tandis que 500 000 autres druzes vivent entre le Liban, la Syrie et la Jordanie. Au Liban ils sont restés des druzes libanais, en Syrie des druzes syriens et maintenant, en Israël, ils ne peuvent être que des druzes israéliens. Le pire, c’est qu’ils sont réservistes dans les armées de ces différents pays sans arrêt en guerre.
Les druzes ne sont pas des musulmans tout à fait « comme les autres », leur religion n’est pas écrite mais orale et transmise de génération en génération. Leurs vêtements sont des costumes traditionnels sans connotation religieuse.
Malgré les séparations forcées, ils se marient entre eux.

Barbelés

En 1874, un fermier de l’Illinois, Joseph F. Gilden, obtient un brevet pour le fil de fer barbelé qu’il a inventé.
Au plus bas degré du génie mécanique, le barbelé n’a quasiment pas changé depuis son apparition. L’emploi du barbelé est pur, mais synonyme de désastre.
À partir de ce moment, les Indiens sont sur les réserves dans un espace fragmenté et clos, sous une surveillance militaire qui vise à les immobiliser et à les atomiser.

Toute sortie doit être négociée et négociée à titre individuel. Sur leur terre privatisée, les Indiens se trouvent éparpillés au sein d’une communauté qui les encercle de ses regards et de ses vies.
Prison de la fragmentation, fragments emprisonnés.
Le barbelé découpe et ferme l’espace et brise la structure communautaire de la société indienne." La corde du Diable "… a mis le cow-boy au chômage.
Mais le barbelé reste le matériel par excellence du temporaire.
Le barbelé est aussi utilisé dans les camps pour des raisons économiques. Il est peu cher, facile à installer, facile à démonter et mortellement efficace lorsqu’il est électrifié.
On ne peut pas décider lequel vient avant, du mirador ou du barbelé, car la clôture protège la surveillance qui elle-même protège la clôture.
Il suffit de se penser potentiellement surveillé, pour agir comme un surveillé, et devenir discipliné.

Musique

L’œil écoute.
Au moment d’un bombardement, l’éclair, la fumée, l’impact et le son arrivent en dernier, si vous fermez les yeux à ce moment-là, vous ratez l’amplitude du bombardement, je n’ose pas dire la musicalité.
Dans les salles de cinéma de mon enfance à Tripoli, le film ne se déroulait jamais silencieusement. Il était toujours infiltré par la musique des autres films qui se jouaient dans les salles à côté, la radio du guichetier. Maintenant nous avons les différentes et multiples musiques des téléphones mobiles.
" Blow up ", mon premier grand choc cinématographique, est un mélange de musiques indiennes, arabes, et du rire gras du placeur.
Ne pensez pas que je n’ai pas apprécié le match de tennis silencieux d’Antonioni, il est juste " occupé " par le souvenir des nouvelles à la radio qui annonçaient la nationalisation du Canal de Suez avec, en prime, la voix du Raïs (Nasser).
La musique dans mes films est un mélange de ces non-moments, de références détournées.
La musique est libre, elle peut être du jazz, de l’opéra, du rock.
Pour moi, n’utiliser que de la musique orientale parce que nous parlons
en arabe ça veut dire : garder ses limites, sa frontière, ses identités ! être encore enfermé…

Frontières

Lu récemment dans un quotidien à propos d’un opéra du compositeur Philippe Manoury :
" … La frontière traite du cloisonnement géographique, politique et culturel. L’idée m’est venue en lisant " Lumière d’août " de Faulkner. J’ai gardé la trajectoire d’une femme qui traverse une zone de turbulences pour atteindre la délivrance et prendre conscience qu’elle doit repartir… "

Occupation, espace, no man’s land

Parfois les situations deviennent des habitudes, jamais le contraire, une habitude deviendrait-elle une situation ?
Comment se définir dans une situation ? Déplacée ? Réfugiée ? Occupée ?
Nous avons… J’ai été… " occupée " toute ma vie… Physiquement d’abord, comme un pays occupé, intellectuellement dans l’obsession de se libérer… Dissocier les deux devenait l’exercice quotidien, lorsque ce quotidien permettait la réflexion... Puisque je suis née au Liban et qu’à vingt ans la guerre civile coupait la ville en deux, occupait tout notre temps, nos envies, nos désirs, nos rêves, fantasmes, se " déplacer " d’un quartier à un autre était non pas dangereux mais mortel.
Le faire quand même, garder cette peur toute la vie, devenir « occupée » par l’angoisse, et ne jamais guérir.

J’avais vingt ans et deux années d’études de cinéma, une ligne de démarcation et des soirées chics, une invasion et des piscines d’eau de mer, un porte-avion plus large que Beyrouth et un amant perdu, tout était déplacé, la ville, les gestes, les gens, les armées, les discours. Je l’étais aussi par ma naissance, de père musulman sunnite, notable et libéral, de mère chrétienne, irakienne, rebelle et très communiste. J’ai grandi parmi les religieuses du couvent des Sœurs de la Charité, école chic de ma ville de Tripoli, où se mêlaient les filles de la bourgeoisie traditionnelle, pour finir à la maison dans des réunions clandestines des partisans de mon père qui ne se déplaçaient qu’ armés, achever mes
week- end dans des entraînements secrets dans des camps palestiniens, et reprendre finalement le chemin de l’école le lundi, endossant l’ignoble costume strict.
Intérieurement aussi, dans LE CERF-VOLANT, Lamia est déplacée, encore plus violemment car elle l’est déjà avant sa naissance.


Femme cinéaste 

Je ne suis pas à l’aise avec les étiquettes, et surtout pas avec celles qui supposent femme, arabe, musulmane !
J’ai tourné mon premier film durant la première guerre du golfe, en
Tunisie. Puis le second au Caire sur l’homosexualité , ensuite au Liban en passant rapidement par la Syrie, je n’ai eu aucun avantage ni désavantage non plus mais les mêmes difficultés que mes collègues hommes.
La question devrait se poser ainsi : quel est le statut d’un réalisateur dans le monde arabe ? et quel monde arabe ? Nous, réalisateurs de cette région du monde pouvons-nous arrêter de parler des masses, des pluriels, pour examiner le singulier ? Notre cinéma peut -il être égoïste, individuel, introspectif ?

Femmes 

Qui a dit que les femmes chez « nous » sont malheureuses ? Comment cette idée de femmes tristes, soumises a t-elle germé ? comment s’est- elle installée jusqu’à devenir l’emblème de la lutte de tous les bien et mal pensants ?
A l’image de celles du film, les femmes du Liban sont libres dans une conception de la liberté que nous avons inventée, une parole aisée, un respect imposé et un humour pour détourner les lois.
Je voulais amener ces femmes vers vous dans ce qu’elles ont de plus précieux, leur vérité… Elles sont fières de leur appartenance, pudiques, drôles et inventives, elles aiment la vie, les hommes, le plaisir, la connaissance, elles habitent au pied du mont Hermon, et ont vu les prophètes passer.

Humour 

Imaginez ces heures d’algèbre, de géographie, de grammaire, en arabe en plus ! Ces heures dans les salles de classe moites de chaleur et d’humidité.
Je me suis tellement ennuyée à l’école que la première fois qu’un manifestant a réussi à escalader la haute muraille du couvent des religieuses à Tripoli, la chemise déchirée, la poitrine musclée, en sang et à califourchon, hurlant « Nation arabe, nous vaincrons ! » cette irruption a été la révélation, c’était tellement absurde et libérateur que j’avais envie de me jeter dans ses bras, même si les religieuses paniquées nous ont expédiées dans la grande église, porte fermée et prière entamée. J’ai trouvé cette situation tellement drôle, que, depuis, toutes les situations graves ont un goût de comique dérisoire.
Quelques années plus tard, la guerre civile a éclaté et nous nous sommes entretués, kidnappés, torturés… Dans tous les enterrements il y a quelqu’un qui attrape un fou rire.

Comédiens 

- Ziad Rahbani est un compositeur de musique, metteur en scène de théâtre, comédien, pianiste, il est surtout surdoué, mais aussi hypocondriaque, paranoïaque, lent, agoraphobe, méfiant, il fallait bien faire un personnage impossible, décalé, la chose et son contraire : soldat et philosophe, garde-frontière mais surtout garde mémoire. Pour Ziad, jouer c’est rester dans sa peau.
- Flavie Béchara n’avait jamais tourné auparavant, elle a fait deux pubs et prépare son bac. Une fois à la montagne, au pied du mont Hermon, une fois confrontée à la longue ligne
de barbelés que les ouvriers plantaient sous un soleil implacable, Flavie est devenue
Lamia. Elle a intégré le personnage en suivant la construction des décors, l’installation des
fils de fer, la tour de contrôle, les costumes des armées, les fusils, la séparation… Je lui avais donné des films d’Antonioni, Bergman, Godard, ce qui l’a profondémment ennuyée mais lui a, selon elle, beaucoup appris.
- Mon frère Tamim el Chahal est de tous mes films, il est tout sauf un comédien, même pas un cinéphile, il dit que les salles de cinéma le rendent claustrophobe !
Il arrive sur le plateau sans lire et sans poser de questions, prend le texte, peste contre moi, dit exactement le contraire, refuse de recommencer… Mon travail avec lui consiste à l’énerver pour lui faire oublier la cause principale de sa présence avec nous. Normalement, j’y parviens vite, alors il se lance, de toute sa masse, de sa vigueur. Il est le plus grand des comédiens puisqu’il est lui-même.
- Enfants : je voulais des enfants de la montagne, des druzes et non pas des sunnites, ou chiites…J’assume ! Même si les discussions avec l’équipe confrontée à ce choix ont été houleuses ! Un enfant des villes est gras et est en dissociation avec la nature. Avec les petits druzes bien que, tenaces, fiers, susceptibles, pudiques, cassants, ombrageux et méfiants, j’ai réussi à ce qu’ils fassent voler les cerfs-volants et depuis ils ne rêvent plus que de ça… À bas les « game -boy »!

Tournage 

La Békaa Ouest a une frontière commune avec la Syrie et Israël. Nous avons dressé nos décors et habité au pied du mont Hermon, où les habitants de la région disent :
" Vous pouvez toucher les prophètes du bout des doigts. "
Cette région était « interdite » depuis des années, occupée, elle ne fut rendue au Liban que récemment et je ne la connaissais pas.
Je cherchais ma « vallée des cris », il fallait trouver et imiter le Golan. En regardant la chaîne de la montagne rose, nous étions bien loin des collines verdoyantes du Golan, mais l’écho des cris y était.

Dans le Golan, la région des échanges se nomme «  vallée des cris » ou « vallée des larmes », c’est là que les habitants se rassemblent pour se parler avec des mégaphones ou pour se regarder de loin avec des jumelles, c’est par là que les mariées passent sans espoir de retour.

Par deux fois, les avions F16 israéliens nous ont survolés de tellement près que nous avons dû interrompre le tournage. Les plus jeunes de l’équipe étaient les plus bouleversés, les Français réclamaient l’ONU, nous, nous étions juste habitués.
Nous avons commencé le tournage quelques heures après le 11 septembre 2001.

Randa Chahal Sabbag, filmographie

1979 : PAS À PAS. Documentaire. 80 minutes.
L'implication des pays voisins dans la guerre civile au Liban.
- Prix de la Presse au Festival des Pays francophones de Namur.
1980: LIBAN D'AUTREFOIS. Fiction. 12 minutes.
Le Liban vu à travers des photos, portraits et cartes postales.
- Prix du Jury au Festival de Carthage.
1982 : LIBAN SURVIE. Documentaire. 52 minutes.
1984: CHEIKH IMAM. Documentaire. 52 minutes.
Un chanteur égyptien au Théâtre des Amandiers de Nanterre.
1992 : ECRANS DE SABLE. Long métrage.
Ecrit et réalisé.
- Sélection officielle au Festival de Venise l991.(hors compétition)
- Prix de la mise en scène à Valence et de la musique à La Baule.
1995: NOS GUERRES IMPRUDENTES » Documentaire. 52 minutes, Arte.
- Sélection officielle au Festival de Locarno, 1995
- Rencontres Internationales de Paris, 1995
- Prix de la biennale de l'Institut du Monde Arabe de Paris, 1996
1997: LES INFIDELES. Téléfilm. Fiction. 85 minutes, Arte.
- Sélection officielle au Festival de Locarno
1999 : CIVILISEES. Long métrage. Fiction.
Ecrit et réalisé.
Sélection officielle au Festival de Venise 1999
Prix Nestor Almendros - New -York 2000
2003 : LE CERF-VOLANT. Long métrage. Fiction. 80 minutes.
Ecrit et réalisé.
- Sélection officielle Festival de Venise - Lion d’argent - Grand prix du Jury.

En préparation : LA TROISIEME CROISADE .


Fiche artistique

Lamia lavia Béchara
Ziad Ziad Rahbani
Amira Randa Asmar
Jamilé Julia Kassar
Shirine Liliane Nemry
Mabrouke Renée Dick
Nabil Nayef Najy
Youssef Maher Bsaibes
Sami Edmond Haddad
Le lieutenant Tamin El Chahal
Makram Assad Abou Gattas


Fiche technique

Réalisatrice Randa Chahal Sabbag

Producteur Humbert Balsan

Scénario et dialogues Randa Chahal Sabbag

Musique originale Ziad Rahbani

Image Alain Levent

Décor Sylvain Chauvelot

Montage Marie-Pierre Renaud

Son Jérôme Ayasse, Fawzi Tabet, Joël Rangon

Directrices de production Houaida Azar, Dzovig Torikian

une co-production 
Ognon Pictures – Leil Films – Ulysse Productions
Arte France Cinéma - Gimages Films - Soread 2 M
avec la participation du Ministère Français de la Culture - Centre National de la Cinématographie -Fonds Sud - Ministère des Affaires Etrangères

L’ alphabet phonétique de l’otan

ALPHA : Axe du mal…
BRAVO : Bombardement
CHARLIE : Cyber guerre
DELTA : Dommage collatéral
ECHO : Epuration Ethnique
FOXTROT : Frappe chirurgicale
GOLF : Golfe, pays
HOTEL: Hollywood
INDIA : Ingérence humanitaire
JULIET : Jugement
KILO : Kosovo
LIMA : limites
MIKE : medias
NOVEMBER : nucléaire
OSCAR : opération (raisins de la colère)
PAPA : Palestine
QUEBEC : Qaeda
ROMEO : revolution
SIERRA : Sabra et chatila
TANGO : terroriste
UNIFORM : Unions
VICTOR : victimes (innocents)
XRAY : xenophobe
YANKEE : yankee